Samedi 26 septembre 2009

enise, 1564. Dans le corridor de la Scuola Grande di San Rocco, la plus influente Confrérie de la cité vénitienne, le destin de quatre hommes se joue. Quatre artistes qui, l’âme fébrile, espèrent la fortune, la reconnaissance, la gloire. Depuis plus d’une heure peut-être, mais le temps et l’inconfort ne comptent plus, ils attendent de soumettre leurs épreuves au Conseil de la Scuola.


Quelques semaines auparavant, Gianmaria di Zignoni, éminent membre de la Confrérie, a sélectionné parmi les meilleurs peintres d’Italie Giuseppe Porta, Federico Zuccari, Paolo Véronèse et Jacopo Tintoret pour les mettre au défi. Celui qui présentera le meilleur dessin préparatoire ayant pour thème la glorification de Saint Roch, verra son œuvre exposée dans la prestigieuse Salle du Conseil. Outre ce privilège, le gagnant recevra quinze ducats d’or. Quinze ducats, c’est bien plus que les modestes sommes allouées aux plus talentueux artistes par leurs commanditaires, c’est bien davantage que les prix mis en jeu lors des concours artistiques qui fleurissent alors à Venise.

Galvanisés par la vision de cette pluie d’or, semblable à celle qui inonda Danaé, Porta, Zuccari, Véronèse et Tintoret savent qu’il s’agit là d’un tournant inespéré pour leur carrière. La victoire signifierait la fin de bien des tourments car pour vivre de leur art, tous connurent l’ascèse, la faim et le tourment d’un travail sans relâche.
C’est donc avec acharnement, discipline et avec tout leur cœur, que les peintres s’attelèrent à la tâche avec pour ambition d’atteindre la perfection. Ils imaginèrent, chacun à sa manière dans l’ombre de son studiolo, Saint Roch guérisseur de la peste accueilli dans les cieux par Dieu et les archanges. Curieuse ironie du sort ! Quatre artistes peignant la consécration d’un homme et rêvant à l’unisson d’accomplir un rêve identique : être soi-même consacré.

Mais à présent que le jour de la décision finale est arrivé, il ne reste plus que le gouffre béant du doute, la peur d’un fléau bien pire que la peste éradiquée par Saint Roch : l’humiliation de la défaite. Chacun scrute son voisin du coin de l’œil, tentant de percer à jour son dessin.

Le jeune Zuccari, âgé de vingt-deux ans à peine, a fait le voyage depuis la région Des Marches, en Italie centrale, pour assister à la compétition. Sa technique picturale raffinée, héritée du maniérisme de Michel-Ange dont le souvenir embrase encore les esprits le place en tête de lice.
Quant au florentin Porta, les influences diverses acquises au cours de ses nombreux voyages lui confèrent une originalité qui correspond aux aspirations d’une Venise qui cherche sans cesse à se renouveler. Il se pourrait bien, cette fois, qu’il soit le gagnant…
Mais face à eux, il y a le grand Véronèse. N’a-t-il pas remporté, quelques années auparavant, le concours du Palais des Doges et reçut son prix des mains de Titien, son maître ?
Parmi ces féroces concurrents, il y en a un du moins qui n’effraie pas les trois autres. Tintoret, peintre vieillissant, excelle peut-être dans le domaine de la peinture à l’huile mais tous savent que le dessin est son talon d’Achille. Et pourtant, le voilà qui abhorre un sourire fat et confiant ! Quelle prétention inappropriée peut donc l’autoriser à croire qu’il a la moindre chance ? Et pour comble, il semble être venu les mains vides ! Nul parchemin, ni carton ou planche sous son bras replié… Sans doute a-t-il déjà déclaré forfait, exhorté à la défaite par la seule renommée de ses rivaux !


Enfin, mettant un terme au supplice de l’attente, un valet surgit de la Salle du Conseil où se sont réunis les Frères de la Scuola di Rocco et invite le quatuor à entrer. Au fond d’une immense galerie richement ornée, se trouvent les membres de la Confrérie. Renfoncés dans leurs fauteuils de velours, majestueux trônes juchés sur un tréteau de marbre, ils paraissent dominer le monde. Trente et une paire d’yeux se fixent sur les artistes, tour à tour sévères ou bienveillantes suivant qu’elles se posent sur leur rebut ou leur favori.


Le jeune Zuccari, appelé en premier, s’avance et déroule le vélin qui enserre son esquisse. Immédiatement, les visages des Frères de la Scuola s’illuminent. Zuccari a idéalement capturé l’état de grâce de Saint Roch, subjugué par le Tout-Puissant au moment où il pénètre au Paradis, Dieu apparaissant dans la voute céleste et tendant les bras vers le Saint comme pour l’embrasser. Les jeux d’ombre et de lumière, bien que cantonnés au noir et blanc, reflètent déjà superbement le clair-obscur de l’œuvre finale.

C’est au tour de Giuseppe Porta de révéler son dessin. Alors qu’il hisse une planche de carton d’une dimension extraordinaire, les prétoriens échangent des murmures admiratifs. Le dessin aux traits précis est exécuté dans la plus pure tradition florentine mais il s’enrichit de détails d’un genre nouveau, issus des écoles de Rome et de Padoue.
Porta laisse place à Véronèse qui s’avance humblement vers le jury. Avant même de délacer l’écrin qui contient son travail, il recueille quelques sourires approbateurs. Il faut dire que le nom de Véronèse est à lui seul une valeur sûre puisque le peintre a déjà glorieusement décoré le Palais des Doges et la Biblioteca Marciana. Sans surprise, le croquis recueille tous les suffrages.


Néanmoins, il reste un candidat, ce vieil homme barbu et malingre, ce Tintoret que tous toisent avec indifférence. Or le jugement ne pourra être édicté que lorsqu’il aura, lui aussi, montré son esquisse. Les mains toujours vides, Tintoret ne rampe pas vers le jury qu’il s’agit de séduire. Avec désinvolture, il tourne le dos à l’Assemblée et se dirige au centre de la Salle du Conseil. Là, devant les visages courroucés des Frères de la Scuola qui dardent des flammes de reproche, Tintoret étire un bras avec lenteur puis tire fermement sur un cordon tissé d’or. Aussitôt, un voile opaque tombe du plafond et découvre le tableau de Saint Roch achevé, à l’emplacement exact qui a été décidé par la Confrérie. Aucun dessin, même le plus émérite, ne saurait rivaliser avec une toile aboutie, avec cette explosion de couleurs au sein de laquelle Saint Roch est monumentalement immortalisé.


Zuccari, Porta et Véronèse, dépités, comprennent que le tour de force de Tintoret a consisté à s’enquérir secrètement des dimensions du plafond, à s’épuiser quinze jours et quinze nuit durant sur sa toile pour la terminer dans les temps, et à faire installer insidieusement son œuvre avant l’heure dite du Concours. L’artiste sur le déclin, qu’ils avaient raillés tout à l’heure, était parvenu par la ruse à entrer dans la Scuola de San Rocco, à entrer dans l’Histoire de Venise.

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La suite de l'Histoire...
Rivalités à Venise : Titien, Tintoret, Véronèse
Musée du Louvre
Jusqu'au 4 janvier 2010
 
 

 

Par Cécile - Publié dans : Expositions - Art actu - Communauté : Art et littérature
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Jeudi 27 août 2009

Dimanche matin, dix heures en plein mois d’août : les avenues vidées confèrent à Paris des airs de ville fantôme. Idéale déréliction pour un face à face longtemps attendu avec l’œuvre fascinante, déroutante, hypnotique de Gustave Moreau. C’est décidé, aujourd’hui, je m’invite dans les appartements du maître, au 14 rue de La Rochefoucauld.


Ceux qui ont véritablement aimé savent qu’il n’est point de passion qui ne soit exclusive. Il en est de même pour l’art, qui s’apprécie d’autant mieux qu’il n’est pas partagé. Tabucchi fantasma, dans son délire hallucinatoire Requiem,  une confrontation exclusive avec la Tentation de Bosh, jusqu’à supplier le gardien du Musée d’art ancien de Lisbonne de lui accorder une heure d’intimité avec la toile. A son instar, je rêve d’un tête-à-tête avec Salomé, Ulysse ou Alexandre.

Glisser mes pas dans ceux de Moreau a quelque chose d’irréel, un goût de transgression palpitante que renforce le silence religieux du musée, seulement troublé par le craquement des planches vermoulues sous mes pieds. Au premier étage, le cabinet de réception reconstitue l’instantané, laissant deviner la présence du peintre qui semble à peine avoir quitté les lieux. Sur son secrétaire s’accumulent un encrier, un parchemin, les livres de son père… autant d’objets qui, comme animés par une métempsycose, révèlent l’âme de leur propriétaire. Puis, sur les tapisseries aux entrelacs brodés, surgit l’autoportrait d’ombre et de lumière, cristallisant l’énigmatique regard de Moreau qu’il sut si bien prêter à ses personnages.

Au second étage, l’immense salle d’exposition baigne dans un clair obscur savamment étudié. Les tableaux couvrent les murs du sol au plafond, des esquisses pour la plupart, où le dessin côtoie l’huile et l’aquarelle sur un même support.

 

Au fond de la pièce, il est impossible de ne pas subir l’envoûtement des Prétendants, transposition d’une scène paroxysmique de l’Odyssée, lorsqu’Ulysse vengeur frappe de sa salve les courtisans de Pénélope. Quand au songeur Hercule, quelle peut-être la pensée qui le tenaille alors qu’il s’apprête à honorer les cinquante Filles de Thespius, sous la tutelle du soleil et de la lune ? (ci-dessous)

 




Au troisième étage, l’artiste se révèle davantage, entre Mythe et mystères. Si les mots venaient à disparaître, s’il ne restait que les images pour désigner le monde, nul doute que les allégories de Moreau pourraient exprimer l’abstraction, avec une intensité sans pareil. Ainsi la fée aux griffons personnalise-t-elle le Mystère avec une sublime puissance d’évocation.



Cette figure féminine impénétrable semble recéler un secret inavouable, escortée par ses dociles cerbères, deux griffons prêts à saillir du tableau pour pourfendre les spectateurs. La fée elle-même est gardienne d’un obscur réceptacle zoomorphe, surmonté d’ailes dorées, obstinément clos. On comprend Breton, qui médusé par la belle, voulait entrer chez Moreau par effraction à la nuit tombée pour la surprendre en plein sommeil et ouvrir le pandore jalousement préservé. A y regarder de plus près, cette fée angélique m’apparaît comme une version enchanteresse de la sphinge, les griffons symbolisant l’appendice monstrueux de la femme animal qui posait inlassablement son énigme aux portes de Thèbes.


 

Par Cécile - Publié dans : Expositions - Art actu - Communauté : l'art pour tous
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Jeudi 13 août 2009
Dans les tours de pierre et de béton, la sonnerie des premiers réveils retentit, troublant le sommeil paisible des heureux dormeurs. Les citadins s’éveillent, prêts à affronter une nouvelle journée de labeur. Puis, comme chaque matin : le même trajet. Un segment de rue, de chez soi jusqu’à la bouche de métro, retour à l’air libre puis un autre reliquat d’avenue jusqu’aux locaux de l’entreprise. Chacun s’accoutume à subir le joug monotone du trajet mécanique, peu propice à la sérendipité.

Même lors des excursions les plus hasardeuses, au cours de la sacro-sainte promenade dominicale par exemple, l’œil se cantonne au réel. On s’attarde sur une façade, on s’émerveille sur un monument, ou  parcourt dubitativement une de ces fèces canine à la consistance douteuse…

Finalement peu sont ceux qui savent discerner les mille chemins transparents qui s’élèvent au-dessus de Paris. Pour les percevoir, il faut en premier lieu suivre le conseil prodigué par Italo Calvino dans ses Villes Invisibles : renoncer à les chercher. Car l’invisible, cet entêté, n’est pas lisible sur une carte. A ceux qui désespèrent de trouver le sésame tant espéré il existe néanmoins quelques points de repères… A condition de marcher le visage strictement rivé au sol.

Le point zéro : aux prémices du voyage imaginaire

Discrètement incrustée dans les pavés du parvis de Notre-Dame, se trouve une plaque de bronze sertie d’une rose des vents, sur laquelle on peut lire cette singulière inscription : point zéro des routes de France.



De ce point magique s’élancent des trajectoires hypothétiques que l’esprit seul peut façonner à sa guise. Véritable invitation au voyage fictif, expatriés nostalgiques et déracinés spleenétiques y trouveront leur salut.

Le méridien de Paris, une incarnation du romantisme géodésique

A l’origine du méridien de Paris se trouve un projet un peu fou : la constitution d’un gigantesque axe reliant les pôles Nord et Sud, matérialisé par la construction de l’Observatoire de Paris au XVIIème siècle. Le monument, transpercé de part et d’autre par le méridien, fournit un point de repère aux géomètres. Evincé en 1884 par celui de Greenwich après un débat houleux opposant la France à l’Angleterre, le méridien de Paris ne tomba pas pour autant dans l’oubli.
L’artiste Jan Dibbets, précurseur du Land Art, réalise en 1994 un magnifique hommage à la route invisible. A l’aide de 135 poinçons métalliques dispersés sur l’asphalte parisienne comme une coulée de bijoux cuivrés, il donne corps à l’imperceptible. Les médaillons de Dibbets portent d’ailleurs le nom d’Arago, clin d’œil aux travaux du célèbre mathématicien qui participa à l’élaboration du système métrique. Du Louvre au parc Montsouris, ils balisent d’une ligne indélébile le méridien qui intrigua tant Dan Brown et donna un but aux sempiternelles pérégrinations de Jacques Réda.
Par Cécile - Publié dans : Lieux insolites - Communauté : l'art pour tous
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Jeudi 30 juillet 2009
Tenture de la vie seigneuriale, le bain A la fois tabou et objet de désir, le corps a toujours  provoqué un véritable culte qui n’est pas l’apanage du monde moderne. La recherche d’un perfectionnement esthétique, au cœur des préoccupations quotidiennes dès l’antiquité, est étroitement liée à l’Art. Parce qu’il est l’habitacle de l’âme dont il se veut le reflet, parce qu’il est au mitan d’une symbolique extrêmement vaste, enfin parce qu’il incarne la notion même de beauté, le corps est rapidement devenu un sujet de composition.

L’hôtel de Cluny propose d’interroger l’évolution de ce rapport au corps à travers un voyage temporel de l’Antiquité au Moyen-âge, intitulé Le bain et le miroir. Trois salles, dont le frigidarium entièrement rénové des thermes de Cluny, rassemblent des accessoires dédiés aux soins de beauté, des tableaux représentant des scènes de bains, des sculptures de Vénus rappelant l’idéal à atteindre, qui sont autant de vestiges attestant de l’intérêt porté à l’apparence.

Le Thermalisme romain : un esprit sain dans un corps sain

Rituel sanitaire mais aussi social, le bain occupe une place prépondérante dans l’Empire romain. Hommes, femmes, enfant se rendent régulièrement aux thermes. Déjà, on  soupçonne les propriétés salutaires de l’ablution. Beauté et médecine sont d’ailleurs deux domaines convergents. Les onguents médicinaux se révèlent très proches des soins esthétiques. L’estampille, version antédiluvienne de la notice permet d’identifier immédiatement un remède. Elle contient, comme aujourd’hui, les informations concernant le nom de l’organe à soigner, la posologie… et parfois même un message publicitaire vantant ses mérites !
Mais l’usage de cosmétiques est avant tout une arme de séduction qui intervient dans le cérémonial amoureux. A Rome, la mise en beauté féminine est une affaire sérieuse, pour ne pas dire un devoir. En témoignent les précieux conseils dispensés par Ovide dans L’Art d’aimer :

«  Que votre coiffure ne soit jamais négligée ; sa grâce dépend du plus ou moins d’adresse des mains qui président à ce soin. »

Vénus à sa toilette, école de Fontainebleau

Concernant les formules des produits de beauté, certains ingrédients confirment l’adage « il faut souffrir pour être belle ». Les femmes n’hésitent pas à utiliser des teintures d’oxyde de plomb et de chaux ou des fards blancs à base de céruse, composants extrêmement toxiques.
La beauté n’est pas une préoccupation exclusivement féminine. Les hommes se rendent aux bains fréquemment, où ils pratiquent la sudation et s’adonnent à la gymnastique, héritage de la tradition hellénistique. Il est aussi acceptable pour un homme de s’enduire d’huile parfumée et de faire usage du strigile, un étrange instrument ressemblant à un couperet, pour racler son épiderme.

Quand la beauté devient Art

Outre le fait que les pigments utilisés pour se farder sont identiques à ceux utilisés par les peintres et les coloristes, les récipients contenants les crèmes et les onguents peuvent devenir à l’occasion des supports de la création artistique. Les Thymiaterions (encensoirs), les vases zoomorphes, ou les balsamaires richement décorés de scènes mythologiques sont à eux seuls des œuvres d’art. 

Un exemple de Thymiaterion   Aphrodite détachant sa sandale

Les épouses des patriciens les plus aisés sont très friandes de ces objets précieux. Elles  s’arrachent poudriers, boîtes à bijoux, peignes, tous exécutés de main de maître : l’industrie du luxe est née.

Le moyen-âge où la séduction en catimini

L’idée couramment admise est que le Moyen-Age, ère boétienne par excellence, est synonyme de régression sanitaire. En réalité, le bain perdure en tant que rite, toutefois relégué à la sphère privée.
Les bains publics connaissent en effet la condamnation intransigeante de l’Eglise, qui souligne la dimension érotique de ces lieux de stupres, assimilés à des lupanars. De même, les attraits féminins doivent être masqués, en tant que tentations diaboliques.
L’attention accordée au paraître ne disparaît pas pour autant. Le miroir, dont la technique s’est perfectionnée, connaît un essor considérable. Discrédité par le christianisme comme ustensile voué à flatter l’orgueil, il est réhabilité à travers sa fonction figurative : il permettrait de refléter l’âme…

 

Femme au miroir, Titien

Bien que l’exposition proposée par le musée Cluny passe sous silence l’existence de miroirs obsidiens, cette croyance n’est pas sans rappeler le miroir sombre de Lycosoura, dont l’étrange configuration efface le reflet de celui qui s’y contemple pour exalter celui du divin.
Autorisant l’extension du réel vers l’infini, le miroir est une source d’inspiration pour les artistes. Nombreux sont ceux, d’Alberti à  Van Eyck, à avoir inséré un miroir dans leur œuvre. Celui-ci devient alors un nouvel espace symbolique, et il n’est pas rare qu’un message moral s’y cache pour appuyer la fatuité de l’existence ou la vanité des apparences.

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Le bain et le miroir
Jusqu'au 21 septembre 2009
Musée du Moyen Âge - Thermes et Hôtel de Cluny
6, Place Paul Painlevé
75005 Paris
01 53 73 78 00

Par Cécile - Publié dans : Expositions - Art actu - Communauté : l'art pour tous
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Jeudi 9 juillet 2009
Pour la première fois à Paris, l’exposition Valadon / Utrillo proposée par la Pinacothèque met en perspective un duo d’artistes hors du commun : Suzanne Valadon et Maurice Utrillo, mère et fils. Un parallèle des plus réussis où le lien filial et ses déchirements sont aussi bien mis en exergue que les rivalités et les rapprochements artistiques.

Genèse d’une famille tourmentée

Suzanne Valadon, de son vrai nom Marie Clémentine Valadon, est immergée dans le cercle intime des impressionnistes en tant que modèle. Elle devient l’égérie de Renoir, Puvis de Chavanne, et surtout de Degas qui l’exhorte à suivre ses aspirations artistiques. C’est sous sa tutelle qu’elle ébauche ses premiers croquis qui résonnent familièrement avec les danseuses et les nus féminins du maître. 

Suzanne Valendon, portrait de Maurice Utrillo   Portrait de Suzanne Valadon par Renoir
Conjointement, la sulfureuse Marie fait éclore de nombreuses passions, desquelles naîtra un fils, baptisé Utrillo en souvenir de l’un de ses amants. Né de père inconnu mais sous le joug d’une vocation qui ne pouvait être que tournée vers l’art, Maurice Utrillo sera lui aussi, presque fatalement, aspiré par la bohème. Dès ses jeunes années, il suit les traces de sa mère et se lance dans la peinture. Sa rencontre avec le jeune André Utter, alors élève aux beaux-arts, va bouleverser le parcours d’Utrillo tant sur le plan artistique que sur le plan affectif. Lorsqu’il découvre que son camarade entretient une liaison avec sa mère, il est anéanti. Cette aventure provoque un schisme fatal dans la personnalité d’Utrillo. Dévoré par ce qu’il juge être une trahison, et d’une certaine manière, en prise avec une jalousie qu’il ne s’avoue pas, Utrillo se livre aux excès alcooliques avec une dévotion diabolique, troquant ses plus belles toiles contre quelques lampées de whisky de la même manière qu’il aurait alloué son âme à l’ange déchu.

Suzanne Valendon, portrait de famille
De gauche à droite : André Utter, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo et la mère de Suzanne Valadon

Valadon et Utrillo : deux artistes opposés et complémentaires

Alors que sa mère ne peint que sporadiquement, Utrilo connaît un grand succès avec sa « période blanche » et ses vues plongeantes des hauteurs de la butte Montmartre, embruinées comme si elles avaient trempées dans des vapeurs de lait. Aux déserts urbains de son fils, à ses ruelles vides, ses maisons cadenassées englouties dans une désolation absolue, Valadon oppose un monde bien vivant de personnages hauts en couleurs. Son œuvre trouve son apogée dans l’art du portrait. Peut-être parce qu’elle fut modèle avant d’être peintre, celle qui fut également Marie avant d’être Suzanne, fait preuve d’une dextérité par laquelle elle parvient à insuffler vie à ses personnages. Par la magie du jeu comparatiste de l’exposition, qui alterne les tableaux de la mère et du fils, les reflets flamboyants des chauds paysages cerclés de noir de Valadon, la plus « fauve » de l’école de Paris, illuminent la pâleur maladive des panoramas de givre d’Utrillo.

  

Suzanne Valendon, nus   Suzanne Valadon, femme à la contrebasse

Décadence d’Utrillo, épanouissement de Valadon

Echappé de l’asile de Villejuif où il était retenu depuis plusieurs années, de plus en plus engouffré dans l’alcoolisme, Utrillo ne parvient plus à composer. Comme si le succès des deux artistes ne pouvait coexister, c’est lorsque le triomphe d’Utrillo décline que celui de sa mère connaît une envolée fulgurante. La figure maternelle prend le relais, livrant une collection pléthorique de toiles vibrantes, animées du souffle que son fils a perdu.

Chez Suzanne Valadon et Maurice Utrillo, l’art est ce pont suspendu au-dessus des abysses de l’incommunicabilité, où transfusent les non-dits, sans doute le dernier lien capable d’annihiler les remparts entre deux êtres séparés par un trop plein d’amour et d’admiration mutuelle.

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Valadon Utrillo
Pinacothèque de Paris
28, Place de la Madeleine
75008 Paris
01 42 68 02 09
Ci-dessous, le trailer de l'exposition


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